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mardi 22 mars 2016

Journée d’études organisée par Anne-Catherine Baudoin (ENS, DSA) et Marion Lata (ENS, LILA) 9h-17h, salle Beckett (ENS, 45 rue d’Ulm)

Le chercheur en littérature, ancienne ou moderne, est amené à étudier les rapports et les éventuelles tensions entre son corpus d’étude et le canon (ou les canons) dans lequel celui-ci s’inscrit. Un corpus peut être déterminé par les aléas de la transmission ou être établi par le chercheur ; par canon, en revanche, on entend un corpus dont la constitution est le fruit d’une tradition ; il reflète des choix positifs (garder) ou négatifs (exclure) effectués par un individu ou une communauté. Canon et corpus peuvent être définis explicitement, par une liste, officielle ou officieuse, ou simplement par leur assemblage ; mais le canon est issu d’une tradition institutionnelle, d’une logique de transmission et de conservation, qui sélectionne certaines versions d’un texte comme « autorisées », et certaines œuvres comme objets d’admiration ou d’imitation. La notion même de canon est souvent liée à des figures d’auteurs attestées, hypothétiques ou fantasmées, qui contribuent à authentifier et à singulariser un ensemble de textes.

L’interrogation sur la constitution de son corpus d’études et sur le type de canon qui l’a défini est un passage obligé pour le chercheur. Par ses travaux, celui-ci peut en retour avoir lui-même un effet sur la manière dont un texte est considéré.

 
Axes

 1) Le canon comme corpus raisonné. Hériter d’un corpus implique de s’intéresser au moment où les éléments qui le composent ont été rassemblés et unifiés. Des frontières ont été tracées pour exclure ou inclure : sur quels critères ont-elles été établies ? De quand datent-elles ? Comment se construit la cohérence d’un ensemble de textes, ou l’autorité d’une version par rapport à ses variantes ? Le philologue est tributaire d’une tradition instituée par un auteur, réel ou imaginaire, par des copistes, des éditeurs ou des critiques modernes. Peut-on remettre en cause la constitution d’un corpus ? Dans quelle mesure la tradition en a-t-elle infléchi notre perception ? Est-ce l’origine ou la transmission qui entérine la légitimité ?

 

2) Le canon comme norme. Autre équivalent latin possible du mot canon, la norme peut être définie de façon théorique ou être le fruit d’un consensus non exprimé. Une œuvre reconnue comme canonique par une communauté satisfait à un certain nombre d’exigences esthétiques ou morales, voire de règles explicites, qu’elle peut aussi contribuer à faire évoluer. L’histoire de la littérature présente ainsi plusieurs états du canon, qui, des Alexandrins au structuralisme, s’établissent selon des principes théoriques différents. Quel usage une communauté fait-elle de son canon, et comment le modifie-t-elle ? Comment se constitue l’aura de sacralité qui entoure monuments littéraires et grands auteurs, et à plus forte raison les Écritures ? Différents rapports au canon peuvent-ils coexister, voire se concurrencer ? Quelles conséquences cela a-t-il sur l’autorité des textes concernés ?

 

3) Le canon et l’extracanonique. Issu d’un processus de sélection au sein d’un ensemble, le canon est aussi naturellement défini par l’exclusion de textes. Ceux-ci peuvent avoir été écartés d’emblée pour des raisons idéologiques ou esthétiques, ou se voir progressivement exclus au cours de l’histoire ; des textes se retrouvent ainsi en marge du canon, admis par certains, rejetés par d’autres. Quels critères participent à rendre un texte « illégitime » ? En quoi cela modifie-t-il les conditions de sa réception et de son étude ? Dans quelle mesure la lecture de ces textes éclaire-t-elle notre appréhension du canon ?

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