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Présentation

 
Cy Twombly, Achilles Mourning the Death of Patroclus (1962)
 
 
Séminaire « Anachronies : textes anciens et théories modernes »
Séminaire mensuel, le vendredi, de 14h à 16h.
 
Séminaire transversal DSA - LILA, en collaboration avec l’Équipe Fabula à l’ENS.
 
 
 
 
Responsables : F. Fleck, N. Koble, A. Welfringer.
Organisation des séances : K. Abiven, N. Bertrand, B. Boulay, L. Depretto, F. Fleck, 
V. Giraudet, A. Mussou, C. Paulian, F. Pennanech, J. Rohman, A. Welfringer.
 
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Les actes du séminaire sont progressivement mis en ligne dans l’Atelier de théorie littéraire du site Fabula : Anachronies.
 
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La théorie littéraire peut-elle être, elle aussi, une science de l’Antiquité ? Peut-on faire le pari que du dialogue entre l’antiquisant et le théoricien, l’un comme l’autre puissent tirer un égal profit ? Que, du côté des textes anciens, aussi bien que du côté de la théorie littéraire, l’on puisse découvrir, à la faveur d’une telle rencontre, de nouveaux champs à explorer, et de nouvelles méthodes à exploiter ?

Tel est le défi que ce séminaire se propose de relever, en s’interrogeant sur les possibles rapports entre une approche – l’approche théorique –, et un objet – le texte ancien. On n’hésitera d’ailleurs pas à élargir d’emblée l’extension de cette notion de littérature « ancienne » aux textes du Moyen Âge et de l’Ancien Régime, voire à ceux dont la composition est beaucoup plus récente : dans la mesure où tout texte est écrit avant que d’être lu, tout texte est antérieur à sa réception et à son commentaire, de sorte que toute littérature peut être qualifiée d’ancienne. C’est précisément ce décalage temporel, cette reprise différée propre à tout discours métalittéraire, qui sera au cœur des réflexions de cette année.

Face aux outils que lui fournit la théorie contemporaine, il peut en effet arriver au commentateur de textes anciens d’éprouver une sensation d’anachronisme. Le théoricien, de son côté, pourra avoir tendance à ne voir dans toute production écrite qu’un simple exemple, et à considérer que ses catégories transhistoriques peuvent trouver à s’illustrer dans des textes de n’importe quelle époque.

La confrontation (amicale) de ces deux personnages pourrait alors avoir d’intéressantes conséquences : réfléchir à la part nécessaire d’actualisation que suppose toute lecture de textes anciens et à ses modalités, pour le premier ; éprouver, au contact de textes aux fonctionnements bien différents de ceux dont il a l’habitude, la validité de sa démarche, et éventuellement être amené à l’amender, pour le second.

On proposera donc, pour subsumer sous un concept fédérateur l’ensemble de ces questions, de parler non d’« anachronisme », mais, en recourant à un terme dénué de tout jugement de valeur, d’« anachronie » afin de désigner ce qui advient nécessairement dans la rencontre entre théorie et textes anciens. La réflexion portera donc sur ce que l’anachronie conduit à minorer, à laisser dans l’ombre, voire à rejeter, consciemment ou non, dans ces textes : peut-être la théorie moderne est-elle aussi une théorie de la modernité, fondée sur une conception finalement récente des textes, et entée sur des modèles textuels historiquement circonscrits ? On n’oubliera pas cependant que la théorie existe elle aussi de longue date, et l’on n’hésitera pas à aller à la chasse aux anachronies chez Aristote ou chez Horace, chez Huet ou chez Boileau. Mais il ne faudra pas perdre de vue que l’anachronie est aussi, et peut-être d’abord, féconde, et l’on s’interrogera sur tout ce qu’elle met en lumière et permet d’exhumer, y compris sur un mode ludique, comme dans le cas du plagiat par anticipation.

L’on espère pouvoir s’aviser ainsi que, si chercher à réduire la distance qui nous sépare des textes anciens relève peut-être de l’utopie, tenter de résorber celle qui sépare le théoricien et l’antiquisant n’est peut-être pas une vaine entreprise, et qu’entre les objets de celui-ci et les méthodes de celui-là, la rencontre peut permettre de déceler la complémentarité des questionnements et la solidarité des démarches.

Chaque séance réunira une série de brèves interventions et d’études de cas autour desquelles s’organisera la discussion.
 
 

Bibliographie générale : anachronisme, théorie littéraire et textes anciens

  • Arasse, Daniel, « La femme dans le coffre », in On n’y voit rien. Descriptions. Paris : Gallimard, « Folio Essais », 2000, p. 123-174.
  • Arasse, Daniel, « Peut-on se faire historien de son temps ? » in Histoires de peintures. Paris : Gallimard, « Folio Essais », 2006, p. 327-337.
  • Didi-Huberman, Georges, Devant le temps. Histoire de l’art et anachronisme des images. Paris : Minuit, 2000 ; voir en particulier « Ouverture : L’histoire de l’art comme discipline anachronique » p. 9-55.
  • Guidée, Raphaëlle, « Anachronisme des oeuvres d’art et temps de la littérature (ou comment l’histoire de l’art vint au secours de l’histoire littéraire) », LHT 8, Le partage des disciplines.
  • Koble, Nathalie & Séguy, Mireille, « Introduction : ‘L’audace d’être médiéviste’ », Littérature 148, Le Moyen Âge contemporain. Perspectives critiques, 2007, p. 3-9.
  • Loraux, Nicole, « Éloge de l’anachronisme en histoire », Le Genre humain n°27, Éditions du Seuil, 1993, p. 23-39 ; repris dans Les Voies traversières de Nicole Loraux. Une helléniste à la croisée des sciences sociales, numéro commun EspacesTemps Les Cahiers n°87-88 et CLIO, Histoire Femmes et Sociétés, 2005, p. 127-139 ; repris aussi dans La Tragédie d’Athènes, Paris, Seuil, « La Librairie du XXIe siècle », 2005, p. 173-190.
  • Rabau, Sophie (dir.), Dossier « Théorie littéraire et littérature ancienne : interpolation et lacune », Lalies 17, Actes des sessions de linguistique et de littérature, 1997, p. 101-213 ; voir en particulier l’« Introduction » de Sophie Rabau, p. 101-112.
  • Rancière, Jacques, « Le concept d’anachronisme et la vérité de l’historien », revue L’Inactuel, n° 6. Paris : Calmann-Lévy, automne 1996, p. 53-68.

Ressources en ligne (Atelier de théorie littéraire de Fabula) :

 
 
illustration : Cy Twombly, Achilles Mourning the Death of Patroclus (1962)
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