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séance 5 : La notion de personnage

 
Séance 5 :
La notion de personnage
 
 
Vendredi 03 février 2012
ENS, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris
salle Celan

 

Coordination : Judith Rohman.

Intervenants : Judith Rohman, Arnaud Welfringer.

 

 

 

La catégorie de « personnage », qui a une fonction descriptive, semble inhérente à toute fiction, et à ce titre anhistorique. Or elle pourrait s’avérer d’un usage problématique, moins descriptif qu’interprétatif (ou surinterprétatif), lorsqu’elle est appliquée à des oeuvres antérieures au paradigme du roman « réaliste » du XIXe siècle qu’ont largement privilégié certains théoriciens de la notion : elle véhicule tout un ensemble de présupposés, notamment en termes d’analyse psychologique, assez étrangers aux fictions antiques ou classiques. Le simple fait de parler de « personnage » pourrait, en somme, être anachronique pour les textes antiques ou classiques. On examinera dans cette séance deux cas : celui de l’Énéide de Virgile et des Fables de La Fontaine.

S’agissant de l’Énéide, les antiquisants eux-mêmes ont longtemps vu dans les personnages de Virgile des personnages « ratés ». Une des théories qui tente de comprendre et d’expliquer ce prétendu défaut présente un Énée doté de deux facettes, l’une de « personnage », et l’autre de « non-personnage ». L’autre aspect de ce problème réside dans l’appréhension des dieux : la tradition d’interprétation allégorique a souvent conduit à ignorer leur présence en tant qu’acteurs du récit. Faut-il alors abandonner la notion de personnage ? Ou bien peut-on accepter d’utiliser des modèles anachroniques, telle la théorie de l’effet-personnage, développée par V. Jouve au sujet du roman, pour tirer au clair certaines ambiguïtés ?

Le problème est presque inverse dans les Fables de La Fontaine. La situation au XVIIe siècle est différente de celle de l’Antiquité ; le statut des protagonistes de fiction oscille alors entre allégorie, « type » aristotélicien ou « caractère », et « personnage » au sens moderne – dont La Princesse de Clèves, érigée ultérieurement en modèle d’analyse psychologique, offrirait une des premières figures. Il reste que, génériquement, les animaux des apologues ésopiques n’ont rien de « personnages » : ils ne sont que des figures (en l’occurrence, des allégories). La chose n’a toutefois pas empêché certains critiques de les désigner comme d’authentiques personnages de fiction, d’interpréter les Fables comme un recueil de nouvelles ou de contes, voire de « reconnaître », d’une fable de Loup ou de Renard à une autre, une manière de plagiat par anticipation du procédé balzacien du « retour des personnages ». Qu’est-ce que la notion de « personnage », dans son anachronisme aussi bien que dans son inadéquation générique, permet de saisir des Fables  ?

 

 

Bibliographie

- * Hamon, Philippe, « Pour un statut sémiologique du personnage », in R. Barthes, W. Kayser, W.C. Booth & Ph. Hamon, Poétique du récit. Paris : Seuil, coll. « Points Essais », 1977, p. 115-180 (version remaniée de l’article publié en 1972 dans Littérature, 6, Paris).

- Jouve, Vincent, L’Effet-personnage dans le roman. Paris : P.U.F., 2004 [1992]. Voir en particulier p. 79-150.

- * Jouve, Vincent, « Le héros et ses masques », in Le Personnage romanesque, Cahiers de narratologie 6, Presses de l’université de Nice, 1995, p. 253-254.

Sur le problème des dieux dans l’épopée antique :

- * Della Corte, F., « Giunone, come personaggio e come dea, in Virgilio », Atene e Roma 28, 1983, p. 21-30.

 

NB : La bibliographie est restreinte à dessein pour que les participants puissent prendre connaissance de l’ensemble de ces textes, qui serviront de base commune à la discussion ; les textes précédés d’un astérisque pourront faire l’objet d’un exposé lors de la séance.

 

illustration : Pablo Picasso, Le roi des minotaures (1958)

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